La méthodologie des ateliers de coconstruction

La Déclaration de Montréal sur l’IA Responsable, présentée le 3 novembre 2017 lors du Forum IA responsable, sert d’assise au processus de coconstruction. Schématiquement, après avoir statué sur le "quoi" (« quels principes éthiques souhaitables doivent être rassemblés dans une déclaration sur l'éthique de l'intelligence artificielle? »), il s'agit dans cette nouvelle phase d'anticiper avec les citoyens et parties prenantes comment des controverses éthiques pourraient survenir dans les prochaines années à propos de l'IA (dans les secteurs de la santé, de la justice, de la ville intelligente, de l'éducation et de la culture, du monde du travail, des services publiques), pour imaginer ensuite comment on pourrait y répondre (ex. par une nouvelle loi, une certification sectorielle, un processus d’audit, un nouvel acteur-médiateur, une politique publique,  des programmes de formation et de recherche, etc.).

Originalité de la démarche de coconstruction

Au regard des autres initiatives en éthiques de l’IA actuellement en cours dans le monde, cette démarche de coconstruction présente en particulier quatre dimensions originales et innovantes :

  • Le recours aux méthodes de prospective stratégique (« foresight »), avec des scénarios sectoriels en 2025 exemplifiant par de courts récits comment des controverses éthiques sur l’IA pourraient survenir ou s’amplifier dans les prochaines années dans différents secteurs. Ces scénarios, qui explorent une variété de situations vécues en 2025 par des citoyens, usagers ou acteurs professionnels, seront utilisés comme des déclencheurs de discussion, pour identifier et préciser des enjeux éthiques sur l’IA dans les prochaines années. Ces discussions à l’horizon 2025 permettront ensuite de formuler rétrospectivement des recommandations concrètes pour 2018-2020 permettant d’assurer un déploiement  responsable de l’IA au Québec et au Canada.
  • Le recours à des méthodes d’animation de design participatif en « forum hybride » pluridisciplinaire, incluant les citoyens et les parties prenantes, dans un contexte d’incertitude partagée face aux futurs possibles (pour approfondir un scénario, concevoir des dispositifs de réponse à un risque éthique, proposer un complément à la déclaration en cas d’enjeu orphelin, i.e. sans principe éthique correspondant).
  • Une attention aux « biais de paradigmes » qui ont des effets de cadrage très puissants dans la manière de poser les problèmes (ex. aborder les enjeux éthique de la voiture autonome uniquement sous l’angle du dilemme du tramway et dans le cadre du paradigme de la « vitesse-distance » en design des transports), dans le but d’identifier la plus grande variété d’enjeux et de rendre visibles des situations encore inconnues ou très émergentes dans un contexte de changement rapide.
  • Une trajectoire apprenante pour concevoir, au fil des événements, une trousse d’animation reproductible et conviviale (ex. un jeu de cartes), adaptable et ouverte, qui pourra être publiée en « open source » à l’issue de la démarche de coconstruction.

Une dizaine d'ateliers de coconstruction sont prévus de février à avril 2018 : des cafés citoyens de 3 heures dans des bibliothèques publiques, et trois grandes journées de coconstruction avec des citoyens et des parties prenantes variées (à Montréal et à Québec).