11.00  Architecture exotique et développement de la métropole shanghaienne. Le retour à un patrimoine non-chinois pour se définir ?

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Tuesday Jun 07   09:00 AM to 09:30 AM (30 minutes)
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Depuis vingt années, une nouvelle mode s’est répandue en Chine : l’imitation architecturale de bâtiments européens et américains. Le phénomène, toujours perçu en Occident comme une fantaisie néolibérale, a même pris en certains endroits une ampleur absurde, allant jusqu’à copier des sites patrimonialisés. On peut ainsi penser au promoteur chinois qui a reproduit le village autrichien d’Hallstat inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO ou encore au petit Paris de Hangzhou avec ses immeubles haussmanniens, sa tour Eiffel et son bassin de Saturne (l’original étant à Versailles). 

De manière générale, les observateurs occidentaux inspirés par les théories postmodernistes se sont montrés très critiques vis-à-vis de ces réalisations, les présentant comme les avatars du néocapitalisme et d’une « disneyfication » des espaces ou tout n’est qu’illusion. Et cela pourrait éventuellement correspondre pour des parcs d’attraction ou des zones commerciales. Mais qu’en est-il des espaces résidentiels ? Et, surtout, qu’en est-il lorsque le projet de construction de ces copies de patrimoines est initié par un pouvoir intermédiaire dont l’objectif est le développement de son territoire ? 

Ainsi en 2001 était lancé par le gouvernement municipal de Shanghai le programme « One City, Nine Towns », destiné à la création de dix villes nouvelles en périphérie de Shanghai, ayant chacune un quartier d’architecture particulière, le plus souvent exotique. 

La référence à un patrimoine étranger dans le développement de la métropole de Shanghai n’est pas neutre au regard du passé de la ville. Pourtant, elle n’est pas évidente non plus compte tenu du discours officiel du pouvoir central concernant l’identité nationale. En effet, les concessions sont toujours considérées comme une humiliation. 

Aussi, l’étude ethnographique du développement de copies étrangères à Shanghai, et plus particulièrement de la référence à un patrimoine anglais dans l’arrondissement de Songjiang, permet non seulement d’analyser les nouvelles formes de relation entre la Chine et l’Occident, mais aussi d’appréhender l’émergence de nouveaux acteurs du développement pouvant peut-être ignorer les grandes lignes du discours idéologique étatique dans le cadre de la course à l’intégration des métropoles au système mondialisé. 

Il est ainsi particulièrement intéressant d’étudier dans quelle mesure un patrimoine étranger « inauthentique » par son caractère de copie décontextualisée est mis en avant et utilisé dans le développement de la métropole et en concurrence avec d’autres grandes villes chinoises, tandis que les quartiers anciens sont détruits au profit de projets spectaculaires.

Participant
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Ph.D Candidate

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