11.30  Des mémoires sans patrimoine ?

What:
Paper
When:
Saturday Jun 04   11:00 AM to 11:30 AM (30 minutes)
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Le Grand Canal de Chine est une construction datant du cinquième siècle, d’une longueur de 1368 kilomètres, reliant Pékin à Hangzhou. Cette mémoire monumentale, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO, comporte, dans cette dernière ville, une section également référencée sur la Liste des lieux chinois historiques et culturels d’importance nationale (quan guo zhongdian wenwu baohu). Invisible du point de vue des logiques patrimoniales et mondiales, ce lieu échappe aux critères de la mémoire officielle : érudition, unicité de temps, authenticité, valeur universelle exceptionnelle. Il s’agit pourtant d’un lieu mémoriel avec une fréquentation touristique annuelle de plusieurs centaines de milliers de visiteurs. Non indépendant du patrimoine mondial, ce lieu fait écho à un espace à la morphologie similaire situé à un kilomètre du lac de l’Ouest. La rue de Zhongshan, distinguée en tant que rue historique et culturelle par la ville de Hangzhou (hangzhou shi lishi wenhua jie qu), est une reconstruction d’une rue ancienne, qui échappe également aux critères de la mémoire officielle : de même qu’au Grand Canal il n’y a pas de dimension monumentale selon les instances internationales. Et pourtant il fait sens comme lieu mémoriel en Chine.

Cette communication vise dès lors à présenter les logiques à l’œuvre au sein de ces deux lieux, notamment celles qui les relient en tant que lieux mémoriels sans patrimoine. Dans les deux cas nous retrouvons les mêmes formes spatiales, les mêmes aménagements, la présence de quelques habitants qui étaient là avant la reconstruction des lieux. À partir d’observations participantes et d’entretiens menés en 2013 et 2015, nous montrerons que dans les deux cas il y a la production de mémoires dans un contexte d’intense promotion immobilière, dans un objectif de requalification urbaine de quartiers centraux. Il s’agit de mémoires privatisées par des jeux d’acteurs dominés par des promoteurs privés, pour lesquels la mémoire est un argument de valorisation du foncier pensé comme enjeu, augmentant la valeur de ces espaces. Ces mémoires sans patrimoine connaissent pourtant une fréquentation de plusieurs centaines de milliers de visiteurs chaque année : des mémoires sans patrimoine peuvent-elles être des lieux fréquentables ?

Participant
benjamin.taunay@univ-angers.fr
Maître de conférences / Associate Professor

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