09.00  De la religion, de la possession, du folklore. Processus et enjeux de la patrimonialisation du zār en Égypte

Rite de possession supposé originaire d’Ethiopie et du Soudan, le zār aurait pénétré l’Égypte au XIXe siècle. Il fut largement pratiqué, mais de nos jours, ce rite traverse une phase de déclin. La principale raison en est son caractère païen et, de fait, illicite (ḥarām). « Faire le zār » (acmel ez-zār) revient à adorer des esprits. Qualifier ce rite de païen serait alors indiscutable si certains de ces esprits n’étaient en réalité des Ahl al-Bayt (des « Gens de la Maison », membres de la famille du Prophète), des saints musulmans, ou encore des esprits chrétiens, témoignant ainsi d’une forme originale de syncrétisme. À cause de son côté illicite, le zār s’effectue discrètement, voire secrètement, loin des regards tant des mari, père et fils – qui interdisent aux femmes de pratiquer le zār – que de la société qui le réprouve. Par crainte que les chants du zār ne tombent ainsi progressivement dans l’oubli, Makan, centre égyptien pour la culture et les arts, invite depuis plus de quinze ans la troupe Mazāher, constituée de musiciens pratiquant le zār en contexte rituel, à se produire tous les mercredis soirs au Caire. Lorsqu’il est joué à Makan par ce groupe, le zār devient un art de spectacle, où sa mise en scène le rend licite (ḥalāl) et l’élève même au rang de patrimoine (turāṯ). Après une brève présentation du rituel, je me propose dans cette intervention d’analyser les processus de transmission du zār, pour ensuite comparer la pratique du zār rituel à celle du zār de spectacle, patrimonialisé, et en étudier les ressorts. Ce travail comparatif permettra de rendre compte de toute l’ambivalence du rituel, à la fois licite et illicite, caractéristique de la frontière entre la pratique du zār en contexte de performance rituelle, et sa pratique patrimonialisée.

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